Philosophie première "Tu es"

Avertissement[1]

Σωκράτης ou Socrate en est l’annonciateur, avertir tous penseurs que les pensées du maître d’Elée portent en elles plus que beaucoup ne peuvent en saisir. L’athènien nous avait prévenus. Mais qui l’a entendu ? Alors il faut avancer avec prudence, avec à l’esprit les mots : « Sapere aude ». Cette sentence doit nous guider face aux mondes que nous ouvre Parménide. Oui, il n’a pas encerclé, il a ouvert la sagesse pour la philosophie, offrant sur la base d’un dogme, initié à soi-même, les possibles en devenir.

N’oubliez jamais tout au long du présent, qu’il est maître de vérité et de liberté, bien au-delà de la caverne, il a vu le troupeau « p’être ».  Certains sont philosophes sur les dogmes de Platon, par manque, à l’instar des donneurs de leçon de sagesse qui n’ont même pas un échantillon sur eux. Parménide incarne « le sage », au sens premier du terme, dans toute sa splendeur, il ouvre une voie[2], une échappatoire vers une vie meilleure, car celui qui sait peut changer son monde, sa façon de vivre[3], son destin. Parménide tourne le dos subrepticement aux philosophes attentistes et certains que le fil est déjà tissé dans toutes ses manières d’être.  

 

Le philosophe poète (re) mont(r)e la voi(e)x qui doit résonner en nous et qui peut mettre fin à bien des tragédies.  En s’opposant au rien, même s’il aurait dû en parler, il laisse advenir l’épopte librement. En se laissant gagner par les images poétiques chacun pourra voir les milliers de mouvements prendre formes autour de son être ; comme le dormeur éveillé regardant l’eau dormante, l’immobile n’est qu’en surface, il faut dépasser la réflexion première. Du fond des âges, au sens où elle est primitive, c’est une phénoménologie du rond, plein d’être et de vie qui surgit pour l’initié, tous les possibles s’animent et réchauffent l’être qui maintenant se sait libre.

 

Μέλισσον μὲν καὶ τοὺς ἄλλους, οἳ ἓν ἑστὸς λέγουσι τὸ πᾶν, αἰσχυνόμενος μὴ φορτικῶς σκοπῶμεν, ἧττον αἰσχύνομαι ἢ ἕνα ὄντα Παρμενίδην. Παρμενίδης[4] δέ μοι φαίνεται, τὸ τοῦ Ὁμήρου[5], « αἰδοῖός[6] τέ μοι[7] εἶναι ἅμα δεινός[8] τε ». Συμπροσέμειξα γὰρ δὴ τῷ ἀνδρὶ πάνυ νέος πάνυ πρεσβύτῃ,  καί μοι ἐφάνη βάθος τι ἔχειν παντάπασι[9] γενναῖον[10]. Φοβοῦμαι οὖν μὴ οὔτε τὰ λεγόμενα συνιῶμεν, τί τε διανοούμενος εἶπε πολὺ πλέον λειπώμεθα, καὶ τὸ μέγιστον, οὗ ἕνεκα ὁ λόγος ὥρμηται, ἐπιστήμης πέρι τί ποτ' ἐστίν, ἄσκεπτον γένηται ὑπὸ τῶν ἐπεισκωμαζόντων λόγων, εἴ τις αὐτοῖς πείσεται· ἄλλως τε καὶ ὃν νῦν ἐγείρομεν πλήθει ἀμήχανον, εἴτε τις ἐν παρέργῳ σκέψεται, ἀνάξι' ἂν πάθοι, εἴτε ἱκανῶς, μηκυνόμενος τὸ τῆς ἐπιστήμης ἀφανιεῖ. Δεῖ δὲ οὐδέτερα, ἀλλὰ Θεαίτητον [184b] ὧν κυεῖ περὶ ἐπιστήμης πειρᾶσθαι ἡμᾶς τῇ μαιευτικῇ τέχνῃ ἀπολῦσαι.

 

Au 184 a, du Théétète de Platon, Socratès exprime sa pensée sur Parménide, et sa « mauvaise grâce à le critiquer[11] », sur la base qu’il soutient que « tout est un et immobile ». Il utilise les mots d’Homère : « respectable et redoutable » pour parler du maître d’Elée. Il va plus loin en disant « il y avait dans ses discours une profondeur tout-à-fait extraordinaire. J'ai donc grande crainte que nous ne comprenions point ses paroles, et encore moins sa pensée » puis recentre le débat sur la maïeutique pour délivrer Théétète de sa conception de la science, ramenant ses interlocuteurs à ce qui est à leur portée. Parménide offre non seulement une philosophie première[12], pour garder la dénomination d’Aristote, mais donne aussi une épistémologie qui s’intègre[13] dans l’espace ouvert et dans une aléthurgie. Il ouvre l’Être à l’être et lui donne les moyens d’aller à son encontre, de s’arracher à la facticité et au gluant.

Le tout pour vous permettre de répondre à la question[14] «  tu es ? [15]»

 

Prologue.

Aujourd’hui, vous êtes invités à une enquête[16] portant sur une disparition. Nous remontons à l’origine avant que la philosophie ne prenne nom[17]. Héraclite parle de recherche, au goût prononcé d’enquête ; il utilise le terme « ἱστορίην[18] » en parlant de Pythagore.   Cherchons les éléments d’un crime, car c’en est Un ; il vous implique directement dans la privation d’une totalité de vos possibilités. Ceux qui ont participé à l’enlèvement sont nombreux à travers l’histoire; ils ont eu une descendance riche qui ne les a pas démentis. Ceux là savent que suppression n’est que substitution.  Le crime a-t-il été prémédité ? Cela est fort probable ! Certains ont simplement participé par une contribution qui, par camouflage, a aidé à perdre les traces du délit. La transformation de philosophie première en métaphysique peut sembler anodine, mais dans les faits le trouble ainsi provoqué se révèle puissant et efficace. Aristote a bien posé la question :

 « Quant à la manière d'être et à l'essence de ce qui est séparé, ajoute Aristote, c'est affaire de la philosophie première de le déterminer ». La Phusis, φύσιϛ,  terme lié et objet, s’est vu séparé, déchiré de son géniteur, sous les yeux impuissants d’un homme, lui-même déjà suffisamment  aveuglé par son prédécesseur, trop heureux d’avoir trouvé une harmonie suprême en un Tout, répondant parfois avec des sacrifices, au problème absolu de tous les Hommes : « Pourquoi ? ». Si les Hommes n’avaient pas ajouté et transformé l’esprit premier en un méta qui n’était relatif qu’à un emplacement, ce même méta constitutif d’un performatif absolu qui enferme depuis tant de temps, la simple lecture et application de la philosophie première aurait déjoué la confusion qui se retrouve dans l’aphorisme d’Aristote cité ici.

Né de la confusion, le feu n’étant donc pas étranger à la présente aporie, il faut trouver à qui profite le crime, même noyé dans les flots du temps. Chercher les acteurs d’un fait, rarement dénoncé relève de la folie, au sens où Descartes utilise le mot. Soyons déments et posons la question : d’autres avant nous ont-ils entamé une enquête? Ont-ils réussi ? Ce sont-ils fait attraper par un filet parfaitement tendu? Et tant d’autres questions nous brulent les lèvres comme une torture devant nous ramener  dans le droit chemin, pour dire la vérité.

Je vous invite donc à entrer dans les méandres d’une histoire qui est la nôtre, à investiguer dans le monde et dans le temps. Parménide est au cœur de la tragédie humaine. Son texte poétique[19] est de fait créateur d’une voix, en ses deux sens, en sonorité. La mort et son éminence grise la maladie ne peuvent être contournées. Si philosopher c’est apprendre à mourir, nous dit Montaigne, pour nous donner une autre voie, Parménide offre un chemin salvateur. Chaque vers est chargé de symbolique[20]. En retrouvant chaque morceau et en les faisant coller, comme pour la taille et le symbole, nous aurons la somme de l’opération qu’il souhaitait nous soumettre. Echapper à son fatum est impossible, mais le faire dans les meilleures conditions est réalisable, stoïquement à notre portée, en ayant de bonnes notes. On peut encore apprendre de la pierre, même de celle qui roule, et se dire que le piège est souvent généré par celui qui tente d’y échapper[21], certains, comme celui-là qui remplace un dualisme illusoire, par celui d’un moi s’opposant à ça.

Il faut penser, se redresser, se mettre au milieu du chemin comme le brin d’herbe, qui simplement pousse et pense. Il est force active qui se cultive à sa seule raison, et non volonté de vaincre en réaction. Pour arriver au bout de la voie, il faut répondre à la question « que peut le corps ? », Spinoza nous observant, et trouver le milieu, mener une instruction pour juger l’adéquat, aller au bout de l’enquête pour satisfaire à son propre juge qui siège au cœur de notre forum intérieur et qui sait « que l’âme et le corps sont une seule et même chose, qui est conçu tantôt sous l’attribut de la pensée, tantôt sous celui de l’étendue. D’où il arrive que l’ordre des choses, soit parfaitement un… »[22]. Par delà, le temps et le mal, Parménide nous tend la main comme l’a fait la déesse pour lui-même, une main secourable, sympathique, une main symbolique comme la lettre Yod ouvrant le verbe de Dieu. Il nous reste à recoller les morceaux, à reconstruire ce qui a été modifié pour Un tout différent et qu’un suivant ne le casse pas au marteau. Les connaissances du troisième genre méritent ce périple, cette course, fût-elle aux commandes d’un char.

Vous l’avez compris, il nous faut sortir des murs de notre entendement, confier notre enquête à un être sans préjugé, libre et indépendant. Un être qui n’a pas peur de son ombre. Il ne sera pas un policier ancillarisé, donc enfermé dans un entendement, ouvert qu’à la jurisprudence. Il doit être un interprète[23], un provocateur de l’évènement, un créateur dans l’imagination et dans les pas de Russel « faire droit » vers le point central du tout de l’affaire et s’ouvrir tel un rêveur lucide. Cet enquêteur doit atteindre ce point de concentration, si simple et pourtant si complexe qu’il faut toute la vie d’un penseur pour tenter de l’exprimer. Il faut qu’il trouve le fruit originel[24], il lui faut aller au-delà de l’identique et appréhender les tensions, les raisons, les motivations, le mobile. Par sa capacité à se fondre au sein de différents mondes pour les besoins de ses enquêtes, il est le plus apte à ne pas chercher à répondre uniquement à ses propres questions, en étant capable d’écarter son égo. Il peut observer, là, où d’autres ne font que simplement voir, pouvoir rendre compte jusqu’au détail, interpréter comme Sartre alléguant la possible préférence de Baudelaire pour les viandes en sauce[25], ou encore dire qu’il est, parlant de la femme, « contre, tout contre »[26]

Sa première impression, il nous la donne à la lumière d’une intuition révélée à l’écoute de la douce musique des vers du maître d’Elée, aidée en cela d’un champ de connaissances régulièrement labouré. Car il sait que l’esprit est comme la terre, il faut semer sans relâche, et la peur de la reine Hécube n’a pas lieu d’être pour un Homme [27]qui sait se cultiver ; il a partout en ce cosmos un espace où prospérer. L’univers qu’ouvre, au devant, Parménide, inspire l’image d’un sablier[28] où tout est calculé, pour obtenir un résultat ; la matière rend compte d’une abstraction. Le sablier, comme le poème, synthétise la liberté dans ce qu’elle offre de plus pratique pour s’arracher à la facticité.

Dans leur similitude pratique, l’un donne le temps, abstraction de l’intellect, depuis le corps, dont l’essence est donnée par l’Homme. Le déplacement de matière, dans un tout immobile, ne laisse apparaître que de la poussière qui donne vie au temps en pensée. Le poème part d’un être, somme de connaissances, vers un point existentiel, où il prend acte de son essence, qui implique la poussière, menant à l’intellect, et, de là, l’espace ouvert devant lui laisse apparaître la doxa, monde en représentation à l’identique du sable. Pour l’un c’est la pression de la matière qui maîtrisée donne vie au temps. Pour l’autre c’est l’élan vital, tel une bombe, la volonté de puissance qui en s’écoulant donne vie aux abstractions qui remplissent le monde. L’un comme l’autre n’existe que par la pensée de l’être qui est.   L’instinct, ainsi révélé, de détective, ne peut permettre d’appréhender le coupable. Il autorise simplement à suivre une piste sur un mode intuitif élargi qui rend compte des évènements et valide le choix du requérant. 

Le début de l’enquête aurait pu commencer au temps où l’Homme s’est dressé dans l’histoire. Mais l’aphorisme stoïcien m’en a dissuadé. « Ne te tiens pas droit, mais redresse-toi ! » m’indiquait de ne pas prendre l’histoire par sa prémisse première. En effet, la majeure par règles s’avère être la mineure par assujettissement à la nature, et la mineure, maîtrisant déjà le chthonien, se montre, en creusant si profond, si aimable que l’illusion prend forme. Une conclusion basée sur un syllogisme trompeur n’a même pas besoin d’un dieu[29] pour réduire à néant un doute qui se voulait salvateur. La « mens humana » présente, vous implique dans un « je », qui, dès l’origine, réfute toute liberté entravée par un dieu bien ou malveillant, ayant coupé les liens suite au péché originel.  La chose n’est pas simple, et la tâche est ingrate.

Il restait à choisir à quel point et quel instant de la création du nœud de l’histoire nous allions frapper ce gordien. Non comme une évidence, mais suite à une réflexion née de la critique de Korzybski, le choix s’est porté sur un homme qui semble avoir gardé les pieds sur terre, malgré la puissance de l’intersubjectivité et du champ d’habitus. De plus, il nous fallait une base textuelle. Le texte, très rapidement, dans l’enquête va se révéler double et même polysémique. La chute de l’Homme s’y révèle, dans sa complexe simplicité. Oxymore qui va briller tout au long du chemin tracé dans l’obscurité d’une caverne, où tant ont cherché à nous enfermé, en pointant du doigt la sortie.

J’ai prié, cent fois, le grand inquisiteur de Dostoïevski de me libérer. Libre, il me restait, par une clef derridienne, à me détacher du boulet de la structure ou de la chimère décrite par Baudelaire. Puis, résolu, il nous reste à vivre sans question, pleinement. La voie ouverte par Parménide est universelle, elle marque la prémisse majeure d’un syllogisme dont la conclusion tend vers la mondialisation. La lucidité  du Maître d’Elée éclaire comme un éclair, provoqué par Zeus lui-même, un monde où il faut vaincre ses peurs[30]. Car la peur est la petite mort[31] qui nous maintient en servitude.

Parménide s’est vu assassiné dans le Sophiste, un parricide commandité par Platon lui-même. Qu’a-t-il fait qui mérite ce sort posthume ? Alors que dans le Théétète les paroles de Socrate résonnent encore : « Un sentiment de respect me détourne de critiquer sans ménagement Mélissos et les autres qui soutiennent que tout est un et immobile ; mais je sens plus de respect encore pour le seul Parménide. Parménide me paraît être, selon l’expression d’Homère, « à la fois vénérable et redoutable. » J’ai approché l’homme quand j’étais bien jeune encore et lui bien vieux,  et il m’a paru avoir une profondeur d’une rare qualité. Aussi j’ai peur que nous ne comprenions pas ses paroles et que sa pensée ne nous dépasse bien plus encore »[32].  Socrate se rend-t-il compte que les mots, briques du langage, sont porteurs ? Que ces derniers servant à construire la demeure de l’être sont trompeurs suivant comment on les regarde. Immobile de l’extérieur, l’être peut cacher en son for intérieur une toute autre réalité.

Aristote, dans sa philosophie première, au livre I, au 23 du chapitre 3, « Or, chercher cette cause, c'est chercher un principe tout autre ; et ce principe-là, comme nous proposerions de l'appeler, c'est le principe d'où part le mouvement [33]» , en parlant de trouver ce qui donne la forme de l’objet, donc ce qui produit, depuis le bois, un lit, il se rend bien compte qu’il y a un responsable. Il y a quelque chose qui produit, il y a une cause produite par quelque chose. Mais la raison suffisante titubant de trop d’anthropomorphisme voit trouble, voilée, l’image si claire et distincte, d’un tout qui ne peut bouger faute d’espace. Pourtant le contorsionniste au sein de la boîte immobile possède une vie en pleine ébullition.

Un peu plus loin :« Ainsi, parmi tous ceux qui soutiennent l'unité des choses et du Tout, il n'en est pas un qui ait reconnu la cause qui produit le mouvement, si ce n'est peut-être Parménide; et encore lui-même ne l'a-t-il discernée que dans cette mesure où l'on peut dire de lui qu'il n'admet pas seulement l'unité de cause, mais que bien plutôt il admet en quelque sorte deux causes[34]. ». Ne croyez pas que cette phrase nous éloigne du problème. Au contraire, Aristote nous aide peut-être de façon intuitive. Intuition qu’il est possible de relier au songe, et pour l’instant à une révélation. Les fragments du texte de Parménide qui seront au cœur de notre enquête mettent en exergue une petite question par la taille : « to ti ên einaï[35] » ou « τὸ τί ἥν εἵναι », soit « qu’en était-il de l’être »[36]?  Une simple et efficace question, en suspend comme une épée de Damoclès, au sens où elle doit trancher dans la critique qui accompagne notre démarche. La conjugaison n’est pas sans importance. Le terme « rien » apparaît au milieu du néant comme une bouée de sauvetage, avec au loin des cris qui nous rejoignent, porteurs d’un impératif catégorique d’un tout à appréhender, sans distinction.

La voix de la sirène[37], dans un dernier effort, clame, clairement et distinctement, pour nous aider à trouver le chemin : « sapere aude ![38] ».  A cette parole, j’ajouterais l’aphorisme suivant : « Qui se soumet domine.[39] ». 

Lorsque le roseau se plie face au vent, sans peur. En ne raidissant pas, il a vaincu son pire ennemi. En laissant les fulgurantes cavales nous entrainer, tout en provoquant un son enivrant, dans le chronotope[40] mis en place par Parménide. Le poème « de la nature », titre trompeur ou criant de vérité, où seule l’herméneutique peut nous éviter d’arrêter le sens sur le corps du texte, ou comme en religion sur l’incipit[41]. Ce maître de la logique nous a peut-être offert comme par ironie, un syllogisme tronqué, où sa prémisse majeur, de la nature, a été obérée du terme humain.  Peut-être avons à faire à un cri philosophique, comparable à celui d’Aristote interpellant son lecteur par la phrase : « Il faut bien s’arrêter ». Parménide ne nous dit pas explicitement qu’il a un concept ultime, il nous prend la main droite et nous aide à toucher au but : il signifie. Dans sa course copernicienne, il nous entraine, hors limites, à proximité d’un cœur, aux couleurs trompeuses ptoléméennes.

Parménide s’appuie, entre autre, sur la mythologie[42]. Au-delà du détournement d’Œdipe, les textes sont révélateurs de la nature humaine. Par exemple, si vous gardiez à l’esprit qu’Œdipe tue son père pour un acte irrespectueux routier. Oui, il tue son père pour un problème de conduite routière. Cet acte est la projection d’un phantasme bien connu de nos jours, où, certains rêvent de tuer celui qui lui a fait une queue de poisson[43], pris sa place de parking, ou autres actes si peu respectueux de notre égo. Le maître d’Elée, s’enfonce dans l’introspection, si profond que le dieu soleil ne peut que faire présentes les ombres des déesses anciennes[44], une mise en avant et un rappel magistral que la femme par nature est prédestinée à vivre et ressentir avec encore plus de force l’apparition de l’être[45] ; puisse Apsû nous pardonner d’avoir oublié cette source « essence-ciel ».  Si la mythologie reste d’une telle actualité, c’est que l’être humain a peu changé. Son encontre au monde démarre, très souvent, d’un conflit, fruit de son désir, celui-ci né d’un absurde mimétique. Voguant au fil de ses affects, le frêle esquif subit, plutôt qu’il n’agit. Le héros de Parménide fait naître son désir de la connaissance et se soumet à la loi divine de Dikê[46]. Mais se soumettre à une loi qu’on a choisie, reste un acte de liberté. 

 

 

I – Sur la voie.

La liberté appelle la connaissance.

Pour saisir un sens, il faut avoir conscience de ce dernier. Chaque jour vous entendez des discours sans vous arrêter sur  leur traduction. Immédiatement le mot s’offre à vous avec l’ensemble de son champ d’interprétation visible. Les mots sont des limites et permettent aussi de fabriquer des clefs pour aller au-delà des bornes définies par le langage, voilà pourquoi le poète va bien au-delà des mots. Parménide utilise un  langage chargé de signifiés et un encodage qui correspond aux  hommes de son époque. C’est une grande intelligence souhaitant faire parvenir un message, à ceux qui  y ont droit[47], coûte que coûte, et empreint de certitude dans  le fait d’atteindre son objectif. Il construit son discours avec des briques reconnaissables, par tous les érudits et facilement décryptables par les initiés. Parménide est en phase et adéquation avec les Hommes de son temps. C’est un chant plein d’espoir, sans le côté négatif, ou plutôt un discours d’une méthode qu’il nous offre à travers le temps. Pour être en phase avec lui, il faut reprendre en profondeur les textes de l’époque et tout particulièrement l’Iliade en laissant sa perception s’élargir.  Troie, l’ilion qui doit frapper à notre oreille un coup de marteau nietzschéen, pour faire surgir le lion qui sera vainqueur de nos dragons, symbolisant nos peurs, terrain propice à faire germer tous nos maux.

 

L’Odyssée est un parcours initiatique pour atteindre, en toute conscience, la vie bonne. Comme pour l’épopée de Gilgamesh, l’histoire ne peut être comprise qu’en étant capable de prendre la place du principal protagoniste. L’Odyssée et l’Iliade sont des clefs, une fois entre nos mains, il restera à trouver la porte. Dans les chants d’Homère, nous devons nous attarder sur le XII, Charybde et Scylla, tout en évitant les écueils. Les mots qui suivent sont chantés par les sirènes: C  L’Iliade d’Homère, chant XII, Charybde et Scylla, traduction E. Bariste, 1843  «Viens, Ulysse, viens, héros fameux, toi la gloire des Achéens ; arrête ici ton navire et prête l'oreille à nos accents. Jamais aucun mortel n'a paru devant ce rivage sans avoir écouté les harmonieux concerts qui s'échappent de nos lèvres. Toujours celui qui a quitté notre plage s'en retourne charmé dans sa patrie et riche de nouvelles connaissances. Nous savons tout ce que, dans les vastes plaines d'Ilion, les Achéens et les Troyens ont souffert par la volonté des dieux. Nous savons aussi tout ce qui arrive sur la terre féconde.».  Les sirènes sont intimement attachées au verbe εϊρω ou heirô, nouer. Notre héros fait face à un nœud borroméen et gordien solidifié par le temps ; c’est bien là notre μαλλος, mallos[48]. Ce lien, une fois dénoué, peut nous fournir notre fil d’Ariane pour sortir de la grotte béante qui s’ouvre devant nous, d’autant qu’elle en cache bien d’autres. Cette accroche est aussi séductrice que le sont les sirènes, pour vous saisir et vous amener à me suivre dans cette aventure.

Les sirènes et Perséphone étaient liées. La légende veut que n’ayant pu enchanter Ulysse, elles fussent transformées en rocher, près de Naples[49], à quelques nautiques d’Elée. Divinités, au corps d’oiseau[50] et à tête de femme[51], symbolisant les âmes des morts, nous renvoyant sur la route de Parménide. 

Le héros de Parménide, sur son char a des allures d’achéen[52]. Il est déjà riche de connaissances pour ne pas être charmé sur sa route. Le sifflement de son essieu couvre les possibles chants trompeurs. Il n’a pas besoin de savoir « tout ce qui arrive sur la terre féconde » ; c’est au cœur des choses, où, il se rend. Il est capable de rester sourd à la doxa, si enivrante et rassurante[53]. Son esprit est clair et capable éviter les écueils qui peuvent se dresser sur sa voie. La cire d’Ulysse n’a pour lui l’utilité de savoir que l’illusion peut tout recouvrir. Ce qu’il a appris avant son départ, comme Ulysse fort des paroles de Circé[54], prévaut pour garder sa question sur la vérité à la seule déesse disposant et disposée à lui répondre.

Le voyage d’Ulysse, par la diffusion du chant, est connu du plus grand nombre. Maintenant vous êtes avertis, ceci démultipliant vos forces. Celles de l’initié sont évidentes. Son char un instant le fait côtoyer l’ouranien[55], puis redescendre vers le chthonien[56], en un parcours entre terre et ciel, pour un retour à la terre, à l’image de la vie, comme Icare où nous touchons les étoiles avant de finir en poussière. Parménide n’a pas attendu Kant pour faire sa révolution copernicienne, il quitte le monde, pour s’approcher du soleil, par ses filles dans une belle et poétique épochè. Ainsi décentré, il peut se réapproprier la connaissance, hors la doxa et descendre en la terre, pour l’approfondir. Au fond de la grotte l’œil n’étant pas détourné par la matière, l’Homme qui se voudrait d'argile dans une identité comme le roc peut sentir le souffle de la vie. Souffle qui balaye tout et laisse voir que nous ne sommes qu’un vent au sein de la pierre.

 


[1] Nota bene : Ce passage du Théétète a été utilisé par Francis Riaux, en 1840, dans son ouvrage intitulé « Essai sur Parménide d’Elée ».

[2] Nota bene : Nous n’évoquerons pas plus avant une possibilité que le terme « voie » employé par Parménide possède aussi une connotation de communauté pour certains de ses emplois, à l’instar des textes de Qumrân évoqués par Neil Asher Silberman dans « La vérité de Qumrân ». La découverte au début des années soixante d’un rassemblement de pièces archéologiques à Vélia (Elée) tend à le laisser penser. Pus avant vous pourrez constater que le « proclamer » utilisé par Korê induit les initiés, même si tous peuvent entendre le poème.

[3] Cf. Spinoza, lettre à Schuller, 1674. Le maître de La Haye y donne un possible face au déterminisme, encadré par Anankè.

[4] Scholie : Parménides par déduction vous pouvez mémoriser certaines lettres.  Le ρ ou r est repérable. Dans ce texte sachez que ϕ ou ph est phi, que ω est ôméga. L’alphabet complet est présent à la fin de cet ouvrage.

[5] Nota bene : Dans les termes d’Homère ou Ὁμήρου.

[6] Vénérable, digne de respect. Traduction Victor Cousin : respectable.

[7] Datif de ἐγώ ou je donc μοι moi

[8]Qui inspire la crainte, terrible, qui frappe l’imagination, extraordinaire, étrange, qui fait peur…

[9] Tout à fait, entièrement…

[10] De noble naissance, au moral généreux et noble, âme bien née.  Nota bene : En cet esprit, par la noblesse ressort le sens aristocratique intégrant les forces actives, génératrices.

[11] Nota bene : Pour le présent, les traductions de Platon sont celles de Victor Cousin.

[12] Scholie : Point de métaphysique, terme performatif créant un brûlot où chacun, sourd et aveugle, perdu dans les méandres de son être va allumer une torche d’illusion.  

[13] Cf. Emile Meyerson.

[14] Nota bene : Pour la traduction du poème au cœur de cet ouvrage, elle se trouve en fin du présent sur la base d’un travail de P. Tannery. L’objet ici étant la philosophie première. Pour ceux qui souhaitent obtenir d’autres visions, nous vous invitons à compulser les ouvrages de : B. Cassin, M. Conche, J. Frère, L. Couloubaristsis, J. Bollack, M. Sachot. Leurs travaux sont magnifiquement réalisés.

[15] Ce point sera développé plus avant. Mais, la question « Quid philosophiae sectabor iter ? » trouvera une réponse ici. Et comme elle ouvre sur une liberté en situation, l’être qui pratique sait qu’elle ouvre tous les possibles.

[16]  Héraclite. Fragment 129 : Diogène, Laërce, Vies des philosophes, VIII, 6. «Pythagore, fils de …, s’est appliqué à la recherche ἱστορίην plus que tout homme » et Fragment 35 : Clément, Stromates, V, 140, 6. « Il est nécessaire, de fait, que les hommes philosophes soient des chercheurs dans de nombreux domaines ou χρὴ γὰρ εὖ μάλα πολλῶν ἵστορας φιλοσόφους ἄνδρας εἶναι καθ' Ἡράκλειτον ». L’enquêteur fait des recherches pour se confronter aux faits, il laisse les critères aux maîtres des formes et leur tire son chapeau. Parménide au fragment II « les seules voies de recherche ouvertes à l’ « intelligence»; pour cela il utilise διζήσιός, découlant de διζήμαι signifiant chercher.

Cf. Siegfried Kracauer.

[17] Ironie : De forme derridienne, mais sachez dès à présent que la déesse repousse la négation. Voyez en les vers une philosophie du « oui » qui fait échos à Nietzsche « Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! » Le gai savoir, aphorisme 276, H. Albert.

[18] Cf. Bailly : Recherche, exploration, information.

[19] C'est au seizième siècle que les Fragments de Parménide revirent le jour pour la première fois. Cf. D’Estienne et J.J. Scaliger

[20] Scholie : Le mot  symbole provient du grec   symbolon ou σύμβολον, lui même dérivé du verbe συμβάλλεσθαι ou symballesthaï, formé de syn ou avec, et ballein ou jeter, signifiant mettre ensemble, par glissement  apporter son écot, voire comparer. En page 162, du dictionnaire Chantraine, les mots composés sur le verbe βάλλω renvoie à βάλοϛ utilisé comme marque ou contrat. Originellement tesson de poterie cassé en deux morceaux que se partagent les deux contractants. Les deux morceaux devant s'emboîter parfaitement, le symbolon  constituait une preuve indéniable de la participation à l’acte.  L’utilisation du symbole met au devant de la scène Pythagore qui se trouve être en lien avec Parménide, comme développé plus avant dans le présent. Porphyre, Vie de Pythagore, § 41-42, ce dernier en disant de « ne pas aller par la grande route », c’est l’opinion partagée par le plus grand nombre qui est la voie à ne pas suivre. Pour éclairer le sujet, voir : les Commentaires d'Hiérocles, sur les vers dorés de Pythagore, rétablis sur les manuscrits et traduits en François avec des remarques de M. Dacier, Garde des Livres du Cabinet du Roi.  « Il eſt juſte d'obéir & au ſens littéral, & au ſens caché.] C'eſt un précepte que Pythagore avoit tiré de la Théologie, & de la pratique des Egyptiens & des Hébreux. Dans les préceptes ſymboliques, il ne faut ni mépriſer la lettre pour s'attacher au ſens ni négliger le ſens caché pour s'attacher à la lettre. ».De fait : « si l’on trouve un morceau, il faut chercher l’autre ».

[21] L’enfer n’est-il point pavé de bonnes intentions ?

[22] Cf. Spinoza, Ethique, Livre III, Proposition II, Scholie.

[23] Nous ne pourrons faire l’économie de traduction, Parménide s’étant exprimé en grec ancien, il faudra reprendre les choix réalisés plus avant, s’inspirer des analyses des commentateurs. Un exemple au fragment II P. Tannery traduit νοεῖν par pensé, transformant le verbe possible en acte par un substantif ce qui est pensé est le fruit d’une conjugaison de penser. Penser ne peut être séparé de l’être qui est.

[24] Et tant pis si c’est une pomme, nous dit Eris.

[25] Cf. Sartre et la psychanalyse : cécité ou perspicacité ? Philippe Cabestan.

[26] Cf. Catherine Clément, « Contre, tout contre la psychanalyse », in Magazine littéraire, no 282, novembre 1990, p. 55.

[27] L’utilisation du H est vous l’avez compris pour embrasser sous le même terme les femmes et les hommes.

[28] Nota bene: A/ Le sablier est ici à l’image de la clepsydre est un instrument à eau qui permet de définir la durée. B/ Le sablier, appuyé en cela par l’unique présence féminine, montre un espace de resserrement d’où surgit la vie, de chaque côté opposés se trouve l’enfant et au centre ce dernier d’homme renaît enfant en pureté ; il y a aussi un effet dynamique entre l’homme qui se presse en ce passage resserré, puis l’apparition d’Eros de l’autre côté, comme faisant partie d’une explosion liée à un élan vital qui ouvre le champ éclairé, à la naissance, de tous les possibles. Remarquez que tout cela demande un effort, que ce soit pour transformer le sable en temps et en heures, comme pour donner vie à d’autres formes dans tous les sens du terme. Peut-être plus évident avec une eau qui jaillit qu’un jet de matière même en particules fines.

[29] Scholie : Bien des dieux seront cités dans le présent, mais à aucun moment ne peut y être associé Janus. Il regarde deux voies qui n’existent pas ; comme pour rappeler qu’une seule est et répond : « présent ». Que la vie ne se conjugue qu’à ce temps, expliquant la capillarité singulière de Kairos.

[30] Comme un écho à travers le temps D. Roosevelt en mars 1933 « The only thing we have to fear is fear itself »

[31] Scholie: Franck Herbert, Dune: « I must not fear. Fear is the mind-killer. Fear is the little-death that brings total obliteration. I will face my fear. I will permit it to pass over me and through me. And when it has gone past I will turn the inner eye to see its path. Where the fear has gone there will be nothing. Only I will remain».

[32] Cf. Théétète 184a, Editions J. Burnet 1903.

[33] Axiome : Tout est mouvement, le temps en fait partie ; même le crime à un mobile.

[34] Cf. Aristote, Métaphysique, livre I, chapitre 3 « Τῶν μὲν οὖν ἓν φασκόντων εἶναι τὸ πᾶν οὐθενὶ συνέβη τὴν τοιαύτην συνιδεῖν αἰτίαν πλὴν εἰ ἄρα Παρμενίδῃ, καὶ τούτῳ κατὰ τοσοῦτον ὅσον οὐ μόνον ἓν ἀλλὰ καὶ δύο πως τίθησιν αἰτίας εἶναι· »

[35] Nota bene : « Einaï » ou « être », pollachôs legomenon par excellence,  recouvre la fonction copulative ou de relation, le chat est bleu, la fonction existentielle et la fonction de vérité soit « être = vrai ».  Ici, nous regarderons cette question avec l’esprit d’Aristote au moment de l’écriture, sans percoluctoire, juste l’illocutoire et le sens dans sa saisie première : le sage pose la question au passé, tout en introduisant un être-là, au présent, la causalité de cet être là, en questionnement sur sa cause intrinsèque à lui-même. L’oxymore qui phénoménologiquement invite à recouvrir l’être dans sa réalité, hors la nôtre. C’est l’incongruité en arrière plan qui prend la main droite de l’initié et lui montre le cœur d’un être qui nous dépasse. Par humour, l’aveugle se remémore les mots de Pindare « Deviens qui tu es, quand tu l'auras appris ! ou  Γένοι’ οἷος ἐσσὶ μαθών ! »  Pythiques, II, vers 72. A ce stade, la question rime avec l’ousia ou sens d’essence, qui ne doit pas être confondu avec les attributs1. Pindare nous propose les limites à connaitre qui sont définies par l’essence de l’être humain pas par la longueur de ses bras. De même, au questionnement sur l’être, l’aphorisme avançant que l’homme est la mesure de toute chose, conserve, en tout et pour tout, juste une beauté déclarative ou une faiblesse anthropomorphique. 

1Une lecture des travaux de Liliane Bodson est révélatrice des glissements sémantiques inhérents à l’usage d’ousia.

[36] Nota bene : La question sur l’être, oui ! En utilisant le passé, la recherche montre d’elle-même qu’elle porte sur l’ousia dans son glissement vers les attributs. Au fragment VIII, vers 5 «οὐδέ ποτ’ἦν οὐδ’ἔσται, ἐπεὶ νῦν ἔστιν ὁμοῦ πᾶν,  jamais il n’était ni ne sera, puisque  il est maintenant tout entier. » 

[37] Scholie : Homère, l’aveugle, voit clair dans le grand jeu de la vie. Les sirènes, aux pieds de rapace et buste tentateur, connaissent toutes vérités. Leur relation avec la mort implique une connaissance sans limite et au-delà du vivant. Comme pour la peinture de Lascaux le personnage est lié à un message destiné à un initié. Circée, magicienne, et par glissement thérapeute, indique la marche à suivre à Ulysse. Il entendra la vérité et son amour et son attachement bien réel, le sauveront, ce qui eut été impossible au commun des mortels, que son équipage représente si bien. La vérité sur la vie, telle qu’elle provoque l’abandon de sa route vers sa vie bonne pour l’homme. Elle reste voilée, Ulysse n’ayant rien dit et surtout à ses compagnons de haute mer.  

[38] Cf. E. Kant. « Qu’est ce que les lumières ». Nota bene : Dans les pas de M. Foucault voyez un mode, un éthos, une manière d’être : la vérité oblige au courage !

[39] Cf. Dune, Frank Herbert traduit par Michel Demuth, Pocket Science-fiction,  tome 1, chap. 3, page 46. En inférence de duc, voir plus avant éducation. L’aphorisme cité est à mettre aussi en référence avec les mots de F. Bacon (1561 - 1626) : « On ne triomphe de la nature qu'en lui obéissant ».

[40] Nota bene : Terme propre à Mikhaïl Mikhaïlovitch Bakhtine. Le signifié est un espace-temps, un continuum spatio-tempore ouvert par l’auteur. Ici est le temps des chevaux psychopompes1, où le chien d’Asclépios aurait pu être nommé klebs, proche du cheval par caball. Un tout qui doit nous rapellait que bien des brassages ont été nommés invasion pour satisfaire l’opinion. Soyons sur nos gardes !

1 Le cheval de Charon, nous indique une sépulture à Saint-Dizier* en territoire de la gaule mérovingienne pour signifier que cette vision est partagée, sous le regard de Sleipnir. *Cf. études B. Dumézil.

[41] Un incipit par le latin incipio se traduit  « commencer »,  par glissement désigne les premiers mots d'une œuvre 

[42] Mais, il a à l’esprit le fragment 57 d’Héraclite : «  Hésiode est maître de la plupart des choses. On sait qu'il a su la plupart des choses. Et il ne connaissait pas le jour et la nuit, car ce sont une seule et même chose. » Traduction s. Weill.

[43] En référence à une époque lointaine où l’on prêtait peu de capacité à la conduite de char aux sirènes.  Cette discrimination comme toujours relève d’une mauvaise connaissance puisque les sirènes disposent de pattes d’oiseau (Cf. dictionnaire de la mythologie).

[44] Scholie : le poème nous renvoie aux dieux et surtout déesses akkadiennes par Ishtar et Ereshkigal.  Le soleil Shamash dieu premier éclaire l’ensemble du poème en tant que création, Nanna(r) Sîn la lune symbolisant l’aurore et Athtar vénus immobilisant le crépuscule ; ces divinités  assurent l’avant et l’après le passage, comme la porte du jour et de nuit, naissance puis mort et renaissance. La déesse la plus importante et vénérée est Athtar ou Ishtar déesse, grande mère. Déesse première et déesse de l’amour. Elle est si proche de Perséphone. Mais nous sommes aux temps où la femme règne, c’est elle qui ira en enfer, puis échangera sa place en sacrifiant son époux Dumuzi ; il est à noter qu’elle se présente nue comme la vérité pour se rendre devant la maîtresse du royaume des morts: liée à Nanna/Sîn qui était chargé des heures pas Marduk. Cette divinité règle le faste et le néfaste, le jour et la nuit, cet aspect règlement lui vaut d’être assignée en croyance comme la divinité rendant la justice2, lui associant le concept nannaru « qui peut être rendu par la lumière ». Bien sûr, il faut passer par cette divinité pour arriver à la reine des enfers. Nanna/Sîn a marqué le temps de son empreinte, le terme assyro-babylonien shapattu ou shabattu1 désigné le 15 ème jour du mois lunaire, jour de repos de la terre, qui se retrouve dans la bible en Genèse. Le soleil, les mythes se croisent Gilgamesh pleure sur Enkidu comme Achille  sur Patrocle.

1 La souveraine des enfers est Ereshkigal3. On rapporte qu’elle règne depuis un palais de lapis-lazuli. C’est un lien avec Perséphone qui dispose d’un jardin de fleurs en pierre précieuse. Inanna : elle en lien  par la résurrection. Notez que Dumuzi est transformé en serpent.

2 Cf. La vie méconnue des temples mésopotamiens, D. Charpin, p 44.

3 The Queen of the Night (la Reine de la Nuit), ou plaque Burney, représente la déesse avec des pattes d’oiseau, nous renvoyant vers les sirènes et le corps ithyphallique de Lascaux. Exposée au British Museum de Londres.

Nota bene : Bien avant Freud, les hommes ont tué le père, par la main de Mythra4 tuant le taureau qui était l’animal représentatif de Nanna/Sîn. Il faudra attendre Nietzsche pour voir le lion transcender l’histoire, symbole d’Athar/Ishtar. 1 Cf. La traduction philosophique et tradition, C. Berner, T.Milliaressi, page 89. 

4 Gilgamesh lui aussi tue Gugalanna, à cause de Ishtar. On retrouve cette personnalité en Jézabel ; et Nanna comme croissant en l’Islam.

[45] Nota bene : L’expérience de la femme à travers l’enfantement, où l’être naît au sein de la mère, montre la futilité du verbe avoir en tant que possession. Parménide repousse hors du cœur le désir d’avoir, illusion au même titre que la mer ne posséde pas la terre (Cf. frag XV1) et la mère l’enfant. 

[46] Pour les connaisseurs, elle a des allures d’Anne de Bretagne entourée des quatre vertus que l’on peut préter au héros « Force, prudence, tempérance et justice » tant elles planent ici au présent. Rèf cathédrale de Nantes.

[47] En référence à Dikê et aux impératifs que vous découvrirez.

[48] Dévoilement plus avant de la signification de ce terme.

[49] Cf. dictionnaire mythologique universelle, page 443.

[50] Nota bene : Leurs ailes punition, pour avoir perdu à un prix de chant, comme Pan, ou don pour retrouver Perséphone, quoiqu’il en soit : elles sont liées à Apollon.

[51] Nota bene : l’Egypte mythologique et Pythagore sont bien présents.

[52] Scholie : le peuple achéens est d’origine indo-européenne et l'un des premiers  à avoir envahi la Grèce vers 1900 av. J.-C. Ils sont venus des régions plus au nord, certainement des Balkans. Ils envahissent les terres des Pélasges qui les ont précédés. Leur puissance militaire est liée à la possession de l'épée, à l’usage du bronze et à l’utilisation de char. Ils vont à la suite dominer les populations de Béotie, d'Attique et enfin du Péloponnèse. On les retrouve même en Ionie, d’où, sont partis les parents de Parménide. La civilisation mycénienne a marqué l’Anatolie de  sa présence, région qui comprend l’Ionie.

Nota bene : Les racines indo-européennes ont et auront donc du sens.

[53] Scholie : Face aux affres et à l’absurde la doxa est un bain de jouvence qui repousse l’échéance au plus loin. Elle assure les arrières contre les chimères et rassure contre la noirceur des futurs.

Ironie : Une illusion pour vaincre les illusions. Ceci explique la naissance des idées ou formes rassurantes.

[54] Scholie : Circé est qualifiée par Homère de πολυφάρμακος  ou polyphármakos,  donc  très  experte en de multiples drogues ou poisons, propres à opérer des métamorphoses. Autre point de détail, Circé ou Kirké signifie oiseau de proie. Ulysse est entouré d’oiseaux comme l’homme ithyphallique de Lascaux. Le héros de Parménide lui  est entouré de femmes. Cette majorité de femme est peut être un lien avec les divinités chthoniennes, afin de certifier la bonne direction prise par l’instruit, en appuyant sur des personnages à fortes couleurs psychopompes.

Nota bene : La présence de femme, autre par excellence pour le héros, amplifie la chosification propice au dévoilement de l’être.

[55] Là, à proximité d’Aphrodite, Ishtar, Vénus. Des deux côtés.

[56] Relatif à la terre, du grec ancien χθώνkhthốn.