Extrait Un Homme, une question , une conceptualisation

-De fait Maître les interactions sur le corps de ces humains sont beaucoup plus profondes et lointaines qu'ils pourraient le penser!

-Oui, mais ils ont des scientifiques qui un jour leurs ouvriront les yeux, pour peu qu'ils veuillent entendre. Mais pour l'instant, le plus grand nombre ignore ou ne veut même pas savoir que leur cerveau, pour certaines tâches, dépend d'un héritage de millions d'années d'évolution. Pour prendre une théorie qui a le mérite de simplifier l'approche de cette évolution et de ses résultantes, l'homme a un cerveau qui se serait développé en commençant par un cerveau reptilien capable de gérer les fonctions de base comme l'homéostasie, l'alimentation, le sommeil, la reproduction, puis le cerveau s'est additionné par un cerveau paléo-mammalien qui lui donne un système limbique autorisant les comportements instinctifs, la mémoire et le stress pour les réactions d'alarme, ensuite, avec l'augmentation de son volume crânien et certainement le changement alimentaire, le cerveau a subi une troisième révolution avec la mise en place du néocortex permettant le raisonnement logique et le langage. Bien sûr, tu te doutes que cette simplification a pour seul objectif de visualiser l'évolution de la céphalisation par tranches successives. Car il est évident que le cerveau est ensemble  interactif. Mais sa capacité, même endommagée par la traversée par un objet, pourrait lui autoriser un fonctionnement mais certainement avec des séquelles, un certain Phinéas Gage tend à le prouver, mais ton objectif n'est pas médical.

-Mais pour la vision globale, elle a le mérite d'être facile à intégrer, Maître !

-Bien, une fois visualisée cette partie, voyons le traitement sensoriel lié à la peur menant à une action, l'homme soumis à un stimulus va, suivant la contrainte de ce dernier, réagir par la voix courte par un traitement direct au thalamus et amygdale pour action, dans la version longue, le traitement sensoriel, puis le thalamus, ensuite le cortex cérébral, l'hippocampe, puis amygdale pour action. Ainsi, l'humain dont le système sensoriel détecte une souche d'arbre ressemblant à un prédateur dangereux par un traitement rapide va réagir rapidement, cette action sera encore plus rapide sous l'influence du stress. Controverse, il est impliqué aussi dans la détection du plaisir.

-Mais comment garde-t-il ou traite-t-il les informations, sa mémoire ?

-Je n'ai pas le temps de m'étendre sur l'aspect médical physique, je vais m'attacher à te simplifier l'approche, l'humain dispose d'une mémoire immédiate liée aux informations sensorielles courtes, ensuite une mémoire de quelques heures à quelques jours, puis une mémoire pour les souvenirs durables dans laquelle va se positionner les impressions accessibles au conscient et celles accessibles à l'inconscient ; L'homme ayant admis de vivre en société, son corps et le corps social vont lui imposer des règles qu'il ne devra pas enfreindre, mais l'impossibilité d'action induite par ces dernières vont créer des frustrations qui seront gérées comme les autres impressions mais stockées hors de portée de l'efficience du conscient.

Donc, il faut que tu saches que tu peux avoir à œuvrer avec un autochtone qui tiendra un discours, qui pourra contenir des incohérences de types lapsus qui te révéleront sa vraie personnalité. Souvent, la mémoire inconsciente est chargée d'impressions générées par des résidus affects d'actions ou de refus d'actions non en conformité avec la loi morale naturelle ou sociale attachée à l'environnement de  l'homme concerné.

-Vous me donnez des pistes sur le stockage et sur la possible utilisation, mais comment abordent-ils  les éléments et les phénomènes qui les entourent?

-Comme nous autrefois, mon jeune élève! Ils estiment a priori, et constatent a posteriori. Le plus grand nombre d'entre eux, me semble-t-il, vit dans la plus grande confusion, sur la base d'une composition d'images nées du mélange des deux approches que je viens de te définir ; Mais, comme toutes les images dont le caractère n'a pas été bloqué dans sa proche et pure vérité, l'utilisation ne peut qu'en être faussée. Alors ils jouent aux dés, ils regardent le pour, le contre et choisissent ou subissent leur jugement.

-Pour nous, Maître, depuis fort longtemps, nous assimilons chaque élément dans une découpe des faits les plus simples aux plus complexes, de façon logico-déductive et n'ayant pas de contradiction avec d'autres faits avérés, chaque objet est donc décomposé en variable simple, et chaque phénomène assimilé a posteriori, est pris dans son entier comme une somme de ces variables  simples. Mais chaque variable est propre à chacun de nous, ainsi nous avons dans notre intimité conscience d'un monde commun à tous mais basé sur l'entendement de chacun. La confrontation de nos interprétations face à l'ensemble permet de purifier nos variables. Et agir avec efficience.

-Oui, et chacun de nous sait que le vase qu'il regarde reste un objet commun à tous, mais la conceptualisation de sa substance est différente en chacun. Il en est de même pour un ensemble, objet intelligible, comme « je te parle ! »; chaque élément est une variable, qui sera traitée de façon séparée, mais avec une variable supplémentaire qui est la liaison conceptuelle née de la conjugaison fruit de l'action.

Voilà pourquoi depuis des lustres, nous vous invitons à dialoguer, au-delà de la pureté de traduction de l'objet à sa conceptualisation, vous pouvez de fait purifier vos idées et atteindre ensemble une vision des plus communes à tous. Ainsi pour un ensemble d'informations généré par une image, l'isomorphisme naturel à chacun de nous doit être corrigé par un travail personnel, en analysant chaque objet particulier, pour en cibler les variables et les concepts propres qu'ils impliquent, ensuite par une vérification commune, nous pourrons clarifier et fixer le sens tel qu'il pourra plus facilement être utilisé par notre conscient.

-Bien, sinon nous sommes dans la détente de type rêverie !

-Oui Maître nos actions de penser sont, pour la réflexion en dehors du travail, fondées sur la détente, la distraction et le développement de notre esprit. Là, au cœur de la distraction et de la détente[1], nous pouvons laisser courir notre esprit sur des terres vierges sans but particulier.

-En effet, comme disait l'ancien grand Magister de la grande bibliothèque, « le vide absolu n'est que pureté, mais à trop chercher la pureté, on finit par être vide. ».

Nous sommes arrivés à force de travail et de respect de chaque chose, à atteindre une qualité de vie fondamentale, et sans limite.

Car rien sur le temps n'est impossible à un peuple qui avance dans le respect de toute chose. Le possible de demain, ne se construit-il pas en repoussant les frontières de l'impossible d'aujourd'hui avec les possibles d'hier poussés à leurs extrêmes.

-La probité ultime telle que l'Empereur l'a définie, celle chargée de l'ultime respect.

-Bien mon jeune ami, chaque prise de parole de ta part montre tes énormes avancées vers ta destinée. Les hommes, pour aller plus loin pour ta compréhension, ont pris conscience de leur conscience. Ils se sont retrouvés seuls, et ainsi, on peut se perdre. Comme l'enfant qui pour la première fois se voit dans le miroir; Il se découvre comme un autre, mais le parent accompagnateur va fixer la réalité ; en lui affirmant que ce reflet est lui-même. Puis, là devant le miroir le temps venu, pour la conscience, seul l'être est face à son « Étant » ou corps. A ce stade, l'Homme doit se dire ; « je » suis capacité d'analyse qui permet à une image de se créer qui est ma conscience, à l'instar de « je » vois mon corps comme un corps et non pas un corps qui voit un corps qui le regarde. Il n'y a pas de division, l'esprit analyse qu'il voit la conscience et, là, la conscience par cette image ou fait, prend acte de son existence. Au bout, la conscience a, à sa disposition, un corps dont fait partie un système complexe neuronal qui lui permet d'exister non pas sur deux plans, mais là sans confusion, mais bien en union harmonieuse. Un voyage qui part de soi comme destination.

-Je vois le doute qui peut s'installer Maître, le même que nos anciens ont vécu !

-Oui, celui du vide, dont je t'ai parlé avant. C'est le plus dur chemin que l'homme doit arpenter; c'est celui où dans notre logique, ma conscience à moi dévoilée, dans son ipséité filtre d'immanence ultime de mon ensemble neuronal crée sa propre source transcendantale, elle-même subissant l'immanence générée par les affectes inconscients nés de frustrations exfiltrées et d'impressions maintenues post cellules embryonnaires. Et cela, sans tenir compte de la chimie hormonale qui peut favoriser  telles ou telles attitudes.

-Mais le doute existe toujours !

-Cette vision, permet de se clarifier à soi-même, ainsi la conscience de soi, qui est moi, donc «  je », est toujours immédiate de sa propre immanence née de la transcendance de ses impressions innées ou acquises. « Je » est perpétuellement un autre, car le temps perpétuellement fuyant ouvre d'autres portes et lumières; lesquelles changeront les transcendances et immanences probabilités nées des continuelles variations d'impressions. Dans cet axe, l'«Étant» est devenu le fleuve nourrisseur en matières premières nouvelles de l'esprit, voir correcteur et par cascade de la conscience, mais ce fleuve par son simple passage transforme le paysage de l'esprit, comme une fenêtre plus ou moins ouverte donne des lumières différentes qui, par leur éclairages, changeront aussi les éclairages des lumières crées par la conscience tirant son énergie des impressions!

-Là est le vide qui se laisse  voir enfin !

-Vide ou trop plein, mon jeune élève ! Souvent, mon Maître me disait « vois ce qui pour l'enfant ; comme une possibilité de clarification. L'enfant est pur, au sens qu'il n'a pas été, du moins, déformé par le champ d'habitus  dans lequel il a grandi ». Regarde: le mysticisme de l'adolescent est une preuve que la conscience de ce jeune découvre la liberté par transgression de l'autorité qui est une geôle, pour lui ; la liberté est un choix de la conscience. Le choix ne peut être que positivement validé à soi-même, mais ce choix a une consonance d'éternité fruit visuel de son âge, de plus, son choix est confronté à l'énigmaticité du futur. Ainsi, le jeune va automatiquement se tourner vers les possibles chargés de l'indicible et de l'ineffable vérité, mais l'approche sera toujours faite par une conscience transcendée mais l'éclairage du temps passé sera faible, voilà pourquoi la lumière des parents doit transcender  cette conscience en appétit de liberté.

-Pour les parents, «  transcender »[2],  le verbe est un peu fort!*

-Non, c'est un raccourci, dans le même esprit où, la connaissance de mon passé peut me permettre de me libérer de mes traumatismes, pris en compte dans mon système neuronal, dans ce cas par l'inconscient ; pour celui de l'adolescent, les parents offrant une vérité vérifiable et vérifiée à leur progéniture, remplissent son esprit dans lequel au moment ultime de juger de son action, son conscient aura matière à penser de façon plus claire, faute d'objectivité pure.

-Mais le jugement ne sera peut-être pas celui que vous attendez ?

-Non, tu as raison, comme pour le vide, celui qui ne veut rien entendre, le remplira de ce qui lui semble le plus vrai. Voilà pourquoi, nous prenons tant de temps et de patience à vous donner les clefs et à vous apprendre, à en créer d'autres face aux portes nouvelles. L'homme est comme l'enfant à qui l'on donne toutes les clefs du domaine et qui face à une porte qui reste close, va se cacher au fond du puits, lieu créé par d'autre pour se terrer comme un animal. Tu le sais, la peur n'évite pas le danger ! En fuite en avant vers le passé, l'avenir pour lui c'est faire face à la porte la plus lourde, pour  l’Homme c'est celle de la mort. Il cherche depuis l'aube de ses temps à la fuir à ne pas l'ouvrir. Pour lui une porte close, sur laquelle on cloue une jolie et réconfortante histoire; le rassure, c'est son fond de puits. Là rassuré, il peut construire; je dis bien pour l'humain, car long encore est le chemin pour que tous puissent voir la lumière. La vraie lumière !

-Maître, je dois vous quitter, car mon temps arrive.

-Va, et sois méritant de nous tous.



[1]  Cf.: Théorie des trois D, Joffre Dumazedier Sociologique empirique du loisir- Édition du Seuil 1974.

 

[2]  Scholie: Transcender permet d'atteindre l'esprit et d'induire à l'entéléchie de l’Être par voie de conséquence.